En direct de Paraty, notre envoyée spéciale pour quelques mois : Anne-Cécile en mission S.V.E. nous rend compte de ses observations sur place ...
Une expérience de vie au site São José
Jeudi, 01 Octobre 2009 14:44
Le site São José se situe sur la communauté de Taquari (Paraty, RJ), à environ 300 mètres d’altitude. On y accède par un sentier s’enfonçant dans la Mata Atlantica, le long de la rivière. Après 50 minutes de marche, bien loin des dernières habitations de la communauté, une ultime côte nous mène jusqu’au porche en bois où il faut tirer cinq fois la cloche pour annoncer sa présence. Située au cœur du Parc National de la Serra Bocaina, le site São José présente une superficie d’environ 9 hectares. Cette surface comprend les aires d’habitation ainsi que les aires cultivées. Ici vit la famille Ferreira, José et Carmelita et trois de leurs enfants : Jorge, et sa femme Dany, Katiana et Jonathan. On parle ici d’agriculture familiale et l’on comprend pourquoi, chacun des membres de la famille travaille sur le site.
Mais il est bien rare de ne rencontrer que les membres de la famille sur ces terres. En effet, le site accueille chaque année des dizaines de visiteurs et stagiaires venus de tous le Brésil et plus loin encore. Et pour cause, le site Sao José est une référence brésilienne en matière d’agroécologie, d’agroforesterie et de mode de vie durable.
Les 4 hectares cultivés du site se divisent en parcelles appelées SAF (Système AgroForestier). Il en existe aujourd’hui 12. Les plus anciennes sont âgées de 10 ans, date à partir de laquelle, les Ferreira ont commencé à travailler en agroforesterie.
Chaque parcelle présente un système d’organisation différent comportant des essences différentes, une densité de plantation différente,...Ces différences sont depuis quelques années étudiées afin de déterminer les systèmes agroforestiers les plus performants.
A l’origine planté de manière conventionnelle (Système Manioc, Haricot, Mais, Banane et café), le site présente aujourd’hui une diversité impressionnante d’arbres natifs de la Mata Atlantica, de palmiers,...Chacun de ces végétaux ayant un rôle bien particulier : fruits, semences, bois, enrichissement du sol, ombre,...Cette biodiversité est complétée par les jardins de plantes aromatiques et de légumes.
Cette végétation est source de production importante et variée. Mais ce qui fait la particularité de leur système est que les produits extraits ne sont pas destinés à être vendus tels quel. En effet, au vue de l’isolement du site, les coûts de transport pour les acheminer jusqu’à Paraty seraient trop importants, ils souhaitent de plus ne pas être dépendants des fluctuations du marché. Leur choix a donc été de réserver la majeur partie de leur production pour alimenter la famille et être ainsi en quasi autosuffisance alimentaire (80% de leur alimentation est issue du site). L’excédent de production étant transformé en conserves pour être vendues aux visiteurs du site.
Leurs revenus sont complétés par la vente de savons et de produits thérapeutiques fabriqués à base de plantes ainsi que par l’accueil des visiteurs (possibilités de passer de un jour à plusieurs semaines sur le site).
Enfin, en ce qui concerne la question de l’énergie, une roue à eau, récemment installée, commence à fournir de l’électricité mais l’expérience étant encore à ses débuts, les soirées sont encore principalement éclairées par le clair de lune, les lueurs des bougies (fabrication maison) et des vers luisants.
Voici donc, résumé en quelques lignes, la complexité et la simplicité du fonctionnement du site São José. Un lieu, où les plantes comme les Hommes, vivent au rythme du soleil, en harmonie quasi parfaite.
pour lire l'ensemble des informations avec les photos et schémas, voir le document pdf joint
Quelques chiffres
En France, l’utilisation du terme ‘agriculture biologique’ est très réglementé. Pour prétendre à cette appelation, le produit doit être certifié par un organisme reconnu et donc répondre au cahier des charges AB.
Au Brésil, les choses sont toute autre. Pour faire le bilan des productions biologiques il ne suffit pas de prendre en compte le nombre de producteurs certifiés car ces derniers représentent une faible proportion de la production totale brésilienne pouvant être qualifiée de biologique ou agroécologique, c'est-à-dire qui n’utilise pas de produits chimiques (agrotoxicos).
La superficie de terre en agriculture biologique au Brésil est estimée à 800.000 hectares (soit 23% de la superficie totale effectivement cultivée)et près de 15000 producteurs.
On estime aussi que près de 5.000.000 hectares de terre où est pratiqué l’extrativisme pouraient être considérés comme production biologique.
Ainsi, en prenant en compte toutes les formes de production n’utilisant pas de produits chimiques, on conclue à une relative importance de la production biologique sur le territoire brésilien.
En revanche, concernant le développement futur de cette dernière, plusieurs freins sont à relever, tels que l’accès à la terre (spéculation immobilière, emprise des grands propriétaires terriens et de l’agrobuisness) ainsi que le manque d’enseignement sur l’agriculture biologique dans les universités rurales et donc le manque de personnes qualifiées pour promouvoir les techniques de culture biologique.
Certification
Il existe au Brésil trois systèmes d’évaluation de la conformité biologique (Sis-Org), reconnus par le ministère de l’agriculture brésilien et l’organisme INMETRO.
1-Certification par des organismes certificateurs
2-Système Participatif de Garantie
3-Organisation de Contrôle Social
Pour obtenir l’une de ces 3 certifications, les producteurs doivent respecter un certain nombre de règles et doivent être enregistrés au près du ministère de l’agriculture.
1-Certification par des organismes certificateurs
La certification biologique telle que nous la connaissons en France, c'est-à-dire celle effectuée par des organismes certificateurs, est réalisée au Brésil par différents types de structures. Il existe plus de 20 organismes certificateurs dont 7 de portée internationale (ex ECOCERT). La majorité de ces organismes sont des associations de développement de l’agriculture biologique, voire des associations de producteurs biologiques.
Jusqu’à présent le fonctionnement de ces organismes n’était pas précisément défini et il n’existait pas de mode de certification de ces organismes mais ceci est entrain de changer. Avant la fin de l’année 2009, tous les organismes certificateurs devront être certifiés par le ministère de l’agriculture et respecter un certains nombres de règles. Restera cependant la question de l’impartialité des organismes certificateurs puisque certains ont également pour rôle de développer l’agriculture biologique au Brésil.
Contrairement au système français, il n’existe pas de signe de certification de l’agriculture biologique au niveau national, chaque organisme de certification en possède un différent.
A partir de 2010, un signe officiel sera mis en place : ‘Système Brésilien de Conformité Organique’
2-Système participatif de Garantie
Il s’agit d’une organisation associative ou coopérative, assumant l’encadrement et l’évaluation de la conformité des productions biologiques. Cette organisation est composée de 2 groupes différents : le groupe des fournisseurs (agriculteurs, transformateurs, transporteurs,…) et le groupe de collaborateurs (consommateurs, techniciens, organismes publiques et privés,…). Le principe de ce système repose sur le contrôle social que chacun de ses membres exercent sur les autres. La certification repose également sur le principe de responsabilité solidaire, c'est-à-dire lorsque chacun s’engage à faire respecter les normes techniques de la production biologique.
A noter que ce système est également développé en France, notamment par le biais de l’association Nature et Progrès (www.natureetprogres.org).
3-Système OCS: Organisation de Contrôle Social sans certification
Ce système est mis en place lors de la commercialisation des produits par vente directe producteur-consommateur.
Le principe repose sur une transparence totale entre le producteur et le consommateur comme par exemple offrir la possibilité aux consommateurs de visiter le site de production. Il s’agit donc une fois de plus d’appliquer un contrôle social sur le producteur afin de l’inciter à adopter des pratiques respectueuses de l’environnement et de ses clients.
En conclusion, le Brésil possède une production biologique informelle relativement importante qu’il doit à présent renforcer et valoriser en développant notamment son système de certifictation. Pour ce faire, les systèmes participatifs de certification représentent une véritable solution pour les petits producteurs car, moins onéreux, ils permettent aux agriculteurs de valoriser au mieux leur production biologique sans fragiliser leur revenu.
IDACO: Instituto de Desenvolvimento e Açao Comunitaria
Institut de Développement et d’Action Communautaire
Son histoire…
IDACO est une organisation non gouvernementale qui fut créée en 1988 afin d’appuyer la lutte des mouvements sociaux et notamment ceux concernant la réforme agraire. Son objectif était alors d’initier des changements structuraux dans le quotidien des petits producteurs de l’Etat de Rio de Janeiro.
Aujourd’hui, l’association initie des projets, à la fois avec les populations rurales et les populations urbaines de l’Etat de Rio.
Les actions développées par IDACO s’articulent autour de trois grands axes :
üle développement économique
ül’intégration sociale
üla préservation de l’environnement
Ses projets…
Projets urbains
Projets ruraux
PGTR : projet de génération du travail et de revenu : Aide à la création de petites entreprises par des formations administratives et de gestion de projet.
Projets de micro crédits pour la création d’activité sur la ville de Rio et notamment dans certaines favelas
Projets de développement local dans des communautés urbaines
PDA Paraty: 3 objectifs : Le système agroforestier comme une alternative de système de production pour la Mata Atlantica ; la restauration des sites dégradés ; l’organisation d’un réseau de collecte de semence
Organisation des chantiers de solidarité internationale dans les communautés rurales de l’état de RJ
Ses moyens techniques et financiers…
Equipe
Président du Conseil d’Administration : Agostinho Guerreiro
Coordinateur projets urbains : Jorge OG
Responsable administratif et financier : Jane Guimaraes de Carvalho
Technicien projets ruraux : Afonso de Souza Junio
Secrétaire : Maria Angelica Torres
Technicien projet PDA, Paraty : Miguel Seabra Correa
Principaux financeurs
Gouvernement fédéral brésilien
Programme fédéral brésilien d’économie solidaire
Associations brésiliennes : Instituto Bio Atlantica, Fundo Amazônia
Voici un petit article publié dans le journal local de Paraty et qui présente le Chantier 2009 à Taquari:
O Chantier 2009 no Taquari, Paraty, RJ
Há 20 anos, o IDACO (Instituto de Desenvolvimento e Ação Comunitária) junto com a Associação francesa AMAR, organiza um intercâmbio de solidariedade internacional que se chama “Chantier” (mutirão). Esse ano, o Chantier acontecerá na comunidade do Taquari em Paraty, Rio de Janeiro.
Durante três semanas de agosto, doze jovens franceses serão hospedados pela comunidade para realizar junto com os seus moradores, dois projetos: a construção de uma casa para proteger as bicicletas (um bicicletário coberto) e de um abrigo para receber uma Caixa Postal. Eles também trabalharão com os agricultores, os artesãos, as crianças nas escolas.
A meta principal desse mutirão é que cada pessoa que participa desse projeto pode descobrir uma cultura diferente!
O Chantier contribui para o desenvolvimento dos valores de tolerância e de solidariedade entre os povos!
Paraty, 18 de junho de 2009.
Anne-Cécile Verger
Les grands principes de l’agroforesterie au Brésil
Vendredi, 29 Mai 2009 11:00
De multiples définitions
Définie généralement en France comme l’association d’une monoculture avec des arbres d’alignement ou comme l’association d’un pâturage sous verger, l’agroforesterie revêt d’autres définitions au Brésil et notamment lorsque celle-ci est pratiquée dans un environnement entièrement forestier.
Au Brésil, l’agroforesterie peut être pratiquée de différentes manières mais généralement, elle est synonyme de production biologique, sans apports de produits chimiques.
Dans les zones de plaine par exemple, certains producteurs pratiquent l’agroforesterie en associant des cultures annuelles telles que le maïs avec des espèces arbustives telles que les fruits de la passion.
Fruits de la passion ---->
Maïs ---->
Seropedica, RJ
Mais la majorité des parcelles agroforestières rencontrées au Brésil se trouve dans les zones forestières. Elles sont notamment bien développées dans les états du Paraná et de Sao Paulo.
Dans cet environnement bien spécifique, l’agroforesterie consiste en la gestion durable de la forêt afin de préserver toutes ses richesses (faune, flore, qualité du sol,…), tout en permettant aux populations locales d’exploiter ces richesses et d’en tirer des revenus leur assurant un niveau de vie décent.
Dans la région de Paraty, ce type d’agroforesterie a été développé chez les agriculteurs possédant des terres au sein de la Mata Atlantica, ou forêt Atlantique, qui s’étend le long de la côte atlantique du Brésil, de Rio de Janeiro à Sao Paulo.
L’agroforesterie en zone forestière
Le premier principe de l’agroforesterie est d’introduire une grande diversité d’espèces végétales. L’objectif est d’associer à la fois des espèces pérennes ligneuses (arbres) et des productions agricoles (fruitiers, espèces annuelles) afin, d’une part, de créer des interactions positives entre ces différentes espèces végétales (entretien de la vie du sol, protection mutuelle contre les ennemis des cultures,…) et d’autre part, de générer une plus grande diversité des revenus pour les agriculteurs en introduisant notamment des cultures à forte valeur ajoutée (bananiers, cacao…). Le deuxième principe repose sur l’évolution de la végétation dans le temps et dans l’espace. Les techniques de plantations et de gestion des espèces végétales pratiquées notamment par le technicien d’IDACO s’inspirent de l’évolution naturelle d’une parcelle forestière en restauration. Il s’agit de planter au départ un grand nombre de végétaux (arbres, fruitiers, espèces annuelles) puis de sélectionner, selon les besoins des plantes (ensoleillement, espace,…), les végétaux qui seront conservés ou pas. Ainsi, chaque année la production agricole est différente puisqu’elle suit la dynamique des végétaux mis en place.
L’image ci-contre montre l’exemple d’une parcelle après 5 années de gestion en agroforesterie. On y trouve des arbres tels que des palmiers, des arbres fruitiers tels que des bananiers ou des caféiers ainsi que des plantes annuelles telles que des ananas.
(Manioc, Bananier, Palmier)
Sao Gonçalo, Paraty, RJ
(Bananier, Caféier, Ananas)
Sao Roque, Paraty, RJ
Une avancée environnementale et sociale
Ces techniques d’agroforesterie, utilisées il y a des dizaines d’années par les populations indigènes des forêts brésiliennes puis abandonnées par un grand nombre au profit de gestions agricoles plus intensives, réapparaissent donc de nos jours comme une solution évidente.
La réappropriation de ces techniques culturales se traduit aujourd’hui par une avancée environnementale et sociale de grande importance puisqu’elle propose des solutions concrètes aux problèmes de déforestation rencontrés au Brésil ainsi qu’une solution durable pour permettre aux petits producteurs de vivre décemment de leur travail, de manière autonome.